Contexte déficitaire: changeons de paradigme

Dans quel contexte nous retrouvons-nous habituellement lorsque nous disons: “On fait de notre mieux” ?

Au courant des dernières quelques semaines, j’ai tenté d’être intentionnel à remarquer le contexte dans lequel cette phrase est utilisée. J’ai noté mes observations lors des rencontres en présentiel, en virtuel, lors des échanges sociaux, et même dans les médias sociaux.

Le constat: le contexte dans lequel nous le disons est toujours le même. Je lui ai même attribué un nom: le contexte déficitaire. J’offre une explication en fournissant les scénarios fictifs suivants.

  1. Jacques, élève de la 11e année, a reçu le résultat de son évaluation en éducation physique. Il s’attendait à avoir un meilleur résultat étant donné qu’il s’était bien préparé au préalable. Lorsqu’il en parle avec ses parents, il dit, en haussant les épaules et d’un air découragé: “Bin, j’ai fait de mon mieux…”.
  2. Le petit Pierre, qui a 10 ans, n’a malheureusement pas été sélectionné pour l’équipe compétitive de soccer. En recevant la nouvelle de l’entraineur, il se tourne vers sa mère et lui dit en sanglotant: “Mais maman, j’ai fait de mon mieux et je n’ai pas été choisi !”.
  3. Joël, enseignant de la 7e année, a terminé une analyse des données de rendement de ses élèves. Il constate que plusieurs élèves accusent un retard au niveau de la compréhension en lecture, et que ces mêmes élèves n’avaient pas atteint la norme au testing provincial de la 6e année. Lors d’une rencontre CAP (communauté d’apprentissage professionnelle), Joël partage avec l’équipe ces constats et entame la discussion. Pendant les discussions, un enseignant, clairement frustré, fait le commentaire suivant: “On fait de notre mieux pour faire cheminer ces élèves, mais malgré ça, ils ne réussissent pas aussi bien que nous le voudrions !”.

Dans chacun de ces trois scénarios, “faire de son mieux” est employé dans un contexte déficitaire, dans le sens que faire de son mieux a comme résultat de ne pas être assez. C’est comme si nous le disons pour justifier le résultat, qui est l’échec.

Mais faire de son mieux, n’est-ce pas quelque chose de positif ?

Si nous avançons la meilleure version de nous-mêmes et que nous déployons le meilleur effort possible selon nos capacités à un moment précis dans le temps, nous avons de quoi à être fiers, peu importe le résultat. D’ailleurs, il est toujours possible de faire un moins grand effort, de ne pas faire de son mieux. C’est en développant davantage nos capacités que nous parvenons à faire encore mieux la prochaine fois, de pouvoir se dépasser.

Changer de paradigme

Je pense qu’il serait bon d’arrêter d’employer l’expression “j’ai fait de mon mieux” comme la justification de ne pas frapper la cible. Ne serait-il pas de mise de dire plutôt Je n’ai pas encore assez développé mes habiletés ? Ça me fait penser à l’idée du “Power of YET” de Carol Dweck. Voici une courte vidéo qui explique:

Il faut plutôt employer “faire de son mieux” pour célébrer les succès, de l’utiliser comme tremplin à vouloir atteindre un sommet de croissance encore plus élevé.

Changer de paradigme pourrait apporter plusieurs retombées très positives. En voici quelques-unes:

  • Encourager le développement d’une mentalité de croissance
  • Bâtir la confiance
  • Se développer comme apprenante ou apprenant à vie
  • De ne pas abandonner

Et qui sait ? Peut-être qu’en changeant de paradigme, nous accepterons davantage l’échec comme une partie primordiale du cycle d’apprentissage.

Ça n’enlève pas le fait que l’échec fait mal. Toutefois, ça met l’accent sur l’amélioration, la prochaine étape pour devenir encore meilleur.



Categories: Leadership, Mentalité de croissance

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3 replies

  1. Faire de son mieux, c’est comme dire finalement je n’ai pas réussi mais au moins j’ai essayé au maximum. C’est justifié l’échec.
    SI on utilise cette expression, on devrait ajouter : faire de son mieux « aujourd’hui », car le mieux d’aujourd’hui est peut-être différent de celui de demain. Aujourd’hui j’ai eu un temps de 66 minutes pour ma course. Peut-être que la semaine prochaine je serai à 59 minutes pour la même course.

    L’expression faire de son mieux pardonne l’échec si on peut utiliser le verbe pardonner. La question qui suit devrait être: « Et la prochaine fois?» Parce que faire de son mieux se situe dans un continuum, ça ne devrait pas s’arrêter là. Ça devrait être le début de quelque chose de meilleur…
    Bravo Joël

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