Zone proximale d’influence

Selon Wikipédia, le stress est, en biologie, l’ensemble des réactions d’un organisme soumis à des pressions ou contraintes de l’environnement. Ces réactions dépendent toujours de la perception qu’a l’individu des pressions qu’il ressent. Selon la définition médicale, il s’agit d’une séquence complexe de situations provoquant des réactions physiologiques, psychosomatiques.”

Chose certaine, tout le monde vit chaque jour une forme ou une autre de stress, qu’il soit positif ou négatif. Contrairement à l’anxiété, qui est une émotion, le stress est une façon de réagir, engendrant des émotions.

Comment le stress se vit-il par le personnel dans nos écoles, et pourquoi est-il perpétué ? Étant direction d’école depuis plus de 14 ans maintenant, j’ai ma propre perspective par rapport au “comment” et au “quoi” des stresseurs du personnel enseignant. Je constate que ceci varie d’une personne à l’autre. Sa source peut être autant locale que systémique, et même parfois personnelle. 

Ma curiosité m’a donc incité à vouloir connaître davantage les stresseurs du personnel scolaire provenant de partout dans le monde. Naturellement, j’ai donc posé la question suivante dans les réseaux sociaux: “Quels sont vos deux plus grands stresseurs au travail ?”

Voici quelques réponses que j’ai reçues:

  • Le temps limité et le désir d’être parfait.
  • Les bulletins
  • Les critiques négatives sans fondement.
  • Avoir de l’aide pour franchir les obstacles qui se mettent dans mon chemin dans la réalisation d’un projet en classe. 
  • L’incompréhension qu’il faut passer par l’équité pour atteindre l’égalité -stresseur chez les profs, les parents et les élèves… et donc aussi chez les directions.
  • Des tendances pédagogiques éphémères et la pression de performance
  • Environnement toxique et se sentir limité dans notre créativité/innovation
  • Injonctions contradictoires et manque de moyens
  • Le jugement de certains membres du personnel ainsi que le manque de reconnaissance face aux initiatives qui sont prises.
  • Mes inquiétudes face au bien-être des élèves. Et les personnalités négatives (de collègues, de parents, de la société).
  • Pour un jeune prof au secondaire : statut précaire, gestion de classe, charge de travail, pression de performance.
  • Charge de travail et manque de reconnaissance
  • Être impuissant face à un élève à risque ou en difficulté et le jugement de collègues quand on ose sortir des sentiers battus.

Chose certaine, ces stresseurs engendrent des émotions !

La zone proximale d’influence

Maintenant, allez relire chaque réponse, et cette fois remarquez comment chaque stresseur peut être catégorisé dans une de deux zones: ceux qui sont dans notre zone d’influence, et ceux qui ne le sont pas. Considérons pour un instant la question suivante: qu’arrive-t-il à notre niveau de stress si nous investissons notre énergie à nous préoccuper des stresseurs qui sont à l’extérieur de notre zone proximale d’influence ? Le niveau augmentera sûrement, provoquant des sentiments de frustration, d’inefficacité, de colère, ou même d’incompétence. Voici une représentation graphique dans l’Annexe A:

Annexe A

Contrairement, je constate selon mon expérience et mes observations que si nous investissons notre énergie à influencer les stresseurs qui sont dans notre zone proximale d’influence, alors notre niveau de stress risque de diminuer, tel que le démontre l’Annexe B:

Annexe B

Réaction au stresseur

Il va sans dire que le domaine de l’éducation est très exigeant et souvent en changement perpétuel, ajoutant donc à une liste déjà comble de stresseurs. À travers les années, j’ai observé que les membres du personnel avec la plus grande résilience aux stresseurs sont ceux qui investissent leur énergie à passer rapidement à l’action dans leur zone proximale d’influence. En autres mots, ils savent comment réagir (ou ne pas réagir) face aux différents stresseurs selon leur habileté de pouvoir les catégoriser rapidement, et identifier ceux pour lesquels ils peuvent avoir une incidence. Selon mes observations, ces personnes peuvent éprouver une réaction émotive sur le coup, mais sont capables de rediriger assez rapidement leur énergie et adopter une mentalité de solutions, comme illustré à l’Annexe B. 

Dans son livre Good To Great, Jim Collins explique le Paradox Stockdale: la capacité d’une personne de pouvoir garder la foi qu’elle réussira à la fin, quels que soient les défis, mais en même temps d’affronter les faits les plus difficiles de la réalité, quels qu’ils soient. Et c’est justement le processus illustré à l’Annexe B, représentant les membres du personnel qui ont développé leur habileté de pouvoir filtrer le bruit et mettre le focus sur les facteurs dont ils peuvent avoir le plus grand impact.

Fonctionner dans sa zone proximale d’influence

Il importe aux leaders de fournir un accompagnement continu auprès du personnel afin de les encourager à fonctionner dans leur zone proximale d’influence. Voici deux approches que j’ai adoptées avec le personnel de mes écoles, et qui se sont avérées très gagnantes.

Rencontres individuelles mensuelles

Pendant l’année scolaire, j’invite chaque membre du personnel à des rencontres mensuelles facultatives de coaching. La durée peut varier entre 15 et 30 minutes. Les dates de ces rencontres sont choisies à l’avance, et enregistrées dans nos calendriers. Bref, nous en faisons une priorité. Durant ces rencontres, nous établissons des objectifs de croissance, nous parlons de pédagogie, et de tout autre sujet qui a un impact sur la croissance personnelle et professionnelle. Bref, c’est un temps privilégié durant lequel nous apprenons à nous connaître. Mais ce qui importe encore plus, c’est que nous faisons l’état des lieux de notre bien-être. Comme leader, ces rencontres me fournissent de l’information primordiale au maintien du bien-être des membres de mon personnel, et me tiennent à la page de là où ils en sont en termes de pédagogie en classe, ou dans les dossiers qu’ils portent durant l’année scolaire. Quelle belle occasion de jaser de zone proximale d’influence !

Rencontres d’équipe du style SCRUM

Au lieu de tenir des rencontres du personnel mensuelles traditionnelles, nous organisons des rencontres de style “SCRUM” toutes les deux semaines. Les objectifs de ces rencontres : le partage des pratiques réussies, se tenir informé, et favoriser l’entraide, l’esprit d’équipe, et une bonne santé mentale. Voici les éléments essentiels de ce type de rencontre:

  • Les membres doivent se tenir debout pendant la rencontre
  • Chaque personne est invitée à répondre à trois questions:
  1. Ce que j’ai fait de nouveau ou qui a bien fonctionné et qui peut être utile à l’équipe
  2. Ce que je vais faire qui peut être utile à l’équipe
  3. Ce dont j’ai besoin
  • Chaque personne a jusqu’à 3 minutes pour faire son partage
  • Il y a un “SCRUM MASTER” qui gère la rencontre
  • Il y a un gardien du temps

Ces rencontres ont un très grand impact positif sur le climat dans l’école et le bien-être des membres du personnel. Non seulement sommes-nous renseignés sur ce que fait chaque personne dans leur rôle respectif, mais nous avons l’occasion de célébrer les succès, d’échanger sur des solutions à divers défis , d’apprendre à nous connaître, et de rire ensemble. À la fin de cette rencontre, souvent les gens demeurent pour poursuivre les conversations, et quittent avec un sourire aux lèvres et une satisfaction et fierté de savoir qu’ils ont leur place dans l’équipe. 

Développer et maintenir un climat positif au travail, ça nous appartient. Chaque personne a le pouvoir de choisir comment elle réagira face à un stresseur. Cette réaction a une influence importante sur le climat et le bien-être de soi-même et des autres. Faire le choix de fonctionner dans sa zone proximale d’influence, c’est choisir une mentalité de croissance axée vers les solutions.

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